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Courbe en S de projet : comment la construire et la lire
La courbe en S montre l'avancement cumulé d'un projet au fil du temps, comparé à ce qui était prévu. En un coup d'œil, elle répond à la question que posent tous les sponsors : « sommes-nous en avance, à l'heure ou en retard ? ». Voici comment la construire, la lire sans se tromper, et ce qu'elle ne dit pas.
Qu'est-ce qu'une courbe en S ?
C'est un graphique où l'axe horizontal représente le temps (de la date de début à la date de fin du projet) et l'axe vertical l'avancement cumulé, de 0 à 100 %. On y trace généralement deux courbes :
- la courbe prévue (ou « de référence », baseline) : l'avancement que le plan annonçait pour chaque date ;
- la courbe réelle : l'avancement effectivement constaté jusqu'à aujourd'hui, qui s'arrête donc à la date du jour.
L'écart vertical entre les deux, à la date du jour, est votre écart d'avancement : au-dessus du prévu, vous êtes en avance ; en dessous, en retard.
Pourquoi une forme en S ?
La courbe cumulée d'un projet classique n'est presque jamais une droite. Elle suit trois phases :
- Démarrage lent : cadrage, recrutement, prise en main. Peu de tâches se terminent.
- Phase de production : l'équipe est opérationnelle, beaucoup de tâches se terminent en parallèle. La courbe monte vite.
- Clôture lente : recette, corrections, documentation, passation. Les dernières tâches traînent et la courbe s'aplatit.
Cette forme est une aide à la lecture : si la courbe prévue de votre projet est une ligne droite, c'est souvent le signe d'un plan qui n'a pas tenu compte de la montée en charge ni de la phase de recette.
Que mesurer sur l'axe vertical ?
Avant de tracer, il faut choisir ce que l'on appelle « avancement ». Trois approches courantes :
| Mesure | Principe | Avantage | Limite |
|---|---|---|---|
| Nombre de tâches | Part des tâches terminées sur le total | Très simple, aucune donnée supplémentaire | Une petite tâche pèse autant qu'une grosse |
| Charge (jours-homme) | Part de la charge estimée consommée ou terminée | Reflète mieux le travail réel | Demande des estimations fiables |
| Coût (valeur acquise) | Budget « gagné » par le travail accompli, comparé au budget planifié | Relie l'avancement et l'argent | Suppose un budget par lot de travaux |
Il n'y a pas de bon choix universel : pour un petit projet ou un suivi hebdomadaire rapide, le nombre de tâches suffit ; plus le projet est gros et hétérogène, plus il faut pondérer par la charge ou le coût.
Construire la courbe pas à pas
- Listez les tâches avec, pour chacune, une date de fin prévue (et idéalement une charge).
- Découpez le temps en points réguliers : chaque semaine ou chaque mois, selon la durée du projet.
- Courbe prévue : pour chaque point, calculez la part (en tâches, charge ou coût) censée être terminée à cette date, en cumulé.
- Courbe réelle : à chaque point passé, calculez la part réellement terminée. Ne tracez rien après la date du jour.
- Gardez la référence stable : si le plan change, conservez l'ancienne courbe prévue pour mesurer l'écart par rapport à l'engagement initial.
Exemple chiffré
Un projet de 5 mois comporte 10 tâches de poids équivalent. Le plan prévoit leur fin ainsi :
| Fin de… | Janvier | Février | Mars | Avril | Mai |
|---|---|---|---|---|---|
| Tâches terminées prévues (cumul) | 1 | 3 | 6 | 9 | 10 |
| Avancement prévu | 10 % | 30 % | 60 % | 90 % | 100 % |
| Tâches terminées réelles (cumul) | 1 | 2 | 4 | — | — |
| Avancement réel | 10 % | 20 % | 40 % | — | — |
La courbe prévue prend bien la forme d'un S (10, 30, 60, 90, 100). À fin mars, le réel est à 40 % pour 60 % prévus : 20 points de retard, et l'écart s'est creusé chaque mois depuis février.
Lire la courbe : prévu, réel, écart
- Réel proche du prévu : le projet suit son plan. Vérifiez quand même que les tâches terminées sont bien celles du chemin critique.
- Réel sous le prévu, écart stable : un retard pris tôt et non rattrapé. À signaler, avec une date de rattrapage réaliste.
- Réel sous le prévu, écart qui se creuse : le plus préoccupant. Le rythme réel est inférieur au rythme prévu ; sans action, le retard final sera plus grand que l'écart actuel.
- Réel qui plafonne : des tâches sont bloquées ou en attente (décision, livrable externe). Regardez le registre des problèmes.
- Réel au-dessus du prévu au début, puis qui rejoint le prévu : on a souvent traité les tâches faciles d'abord. L'avance est trompeuse.
Règle utile : la pente compte autant que l'écart. Un écart de 5 points qui se creuse vite est plus inquiétant qu'un écart de 15 points stable.
Courbe en S et valeur acquise (SPI, CPI)
La gestion de la valeur acquise (EVM) formalise la courbe en S avec trois grandeurs :
- PV (valeur planifiée) : le travail prévu à cette date, exprimé en coût ;
- EV (valeur acquise) : le travail réellement accompli à cette date, exprimé au coût prévu ;
- AC (coût réel) : ce que le travail accompli a effectivement coûté.
On en tire deux indices : SPI = EV ÷ PV (performance sur les délais) et CPI = EV ÷ AC (performance sur les coûts). Un indice supérieur à 1 est bon, inférieur à 1 est préoccupant. Dans l'exemple ci-dessus, avec PV = 60 % et EV = 40 %, le SPI vaut 40 ÷ 60 ≈ 0,67 : le projet avance aux deux tiers du rythme prévu.
Les pièges à éviter
- Compter des pourcentages déclarés. Une tâche « à 90 % » depuis trois semaines fausse la courbe. Privilégiez le binaire : terminée ou non.
- Changer la référence en cours de route. Si vous replanifiez et effacez l'ancienne courbe prévue, vous ne mesurez plus que l'écart par rapport au dernier plan.
- Mélanger tâches de natures différentes sans pondération : terminer dix petites tâches n'équivaut pas à terminer le lot critique.
- Lire la courbe sans le contexte. Une courbe en retard dit où l'on en est, pas pourquoi. Rapprochez-la des risques et des problèmes ouverts.
- Ne pas la mettre à jour. Une courbe figée à la semaine dernière est pire qu'aucune courbe.
Excel ou outil dédié ?
Dans un tableur, vous pouvez construire la courbe avec une colonne par date et la fonction NB.SI (nombre de tâches dont la fin est antérieure à la date), puis un graphique en courbes. Cela fonctionne, mais il faut refaire les formules à chaque ajout de tâche et tenir deux séries à jour.
Jalonis génère la courbe automatiquement à partir des tâches et des dates du projet. Concrètement :
- la courbe prévue est la part des tâches dont la date de fin est atteinte à chaque point ;
- la courbe réelle compte les tâches marquées « terminées », rattachées à leur date de fin prévue (Jalonis n'enregistre pas la date de clôture réelle) ;
- trois indicateurs affichent l'avancement prévu aujourd'hui, l'avancement réel et l'écart en points ;
- la durée du projet et le temps écoulé sont indiqués.
À savoir : Jalonis mesure l'avancement au nombre de tâches, sans pondération par la charge ou le coût, il faut que le projet ait des dates de début et de fin, et la courbe réelle ne retrace pas le moment exact où chaque tâche a été clôturée. C'est adapté à un suivi hebdomadaire simple ; pour une analyse de valeur acquise complète, il faudra compléter. La courbe en S est disponible pendant l'essai de 30 jours et avec l'abonnement.
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Quelle est la différence entre une courbe en S et un diagramme de Gantt ?
Le Gantt montre le planning tâche par tâche. La courbe en S résume l'ensemble en une seule ligne d'avancement cumulé. Le premier sert à planifier, la seconde à rendre compte.
Combien de points faut-il sur la courbe ?
Un point par semaine suffit pour un projet de quelques mois ; un point par mois pour un projet long. Au-delà de 20 à 25 points, le graphique n'apporte plus d'information.
La courbe en S est-elle la même chose qu'un burn-up ?
Elles se ressemblent : toutes deux cumulent le travail accompli. Le burn-up, courant en agile, compare le travail terminé à un périmètre qui peut évoluer ; la courbe en S compare à un plan de référence figé.
Peut-on la tracer sans budget ?
Oui. Mesurer l'avancement au nombre de tâches ou à la charge ne nécessite aucun budget ; seule la valeur acquise (SPI, CPI) suppose un coût par lot de travaux.