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Courbe en S de projet : comment la construire et la lire

Guide pratique pour chefs de projet et PMO · Mis à jour le 8 octobre 2026 · 8 min de lecture

La courbe en S montre l'avancement cumulé d'un projet au fil du temps, comparé à ce qui était prévu. En un coup d'œil, elle répond à la question que posent tous les sponsors : « sommes-nous en avance, à l'heure ou en retard ? ». Voici comment la construire, la lire sans se tromper, et ce qu'elle ne dit pas.

Sommaire
  1. Qu'est-ce qu'une courbe en S ?
  2. Pourquoi une forme en S ?
  3. Que mesurer sur l'axe vertical ?
  4. Construire la courbe pas à pas
  5. Lire la courbe : prévu, réel, écart
  6. Courbe en S et valeur acquise (SPI, CPI)
  7. Les pièges à éviter
  8. Excel ou outil dédié ?
  9. Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une courbe en S ?

C'est un graphique où l'axe horizontal représente le temps (de la date de début à la date de fin du projet) et l'axe vertical l'avancement cumulé, de 0 à 100 %. On y trace généralement deux courbes :

L'écart vertical entre les deux, à la date du jour, est votre écart d'avancement : au-dessus du prévu, vous êtes en avance ; en dessous, en retard.

Pourquoi une forme en S ?

La courbe cumulée d'un projet classique n'est presque jamais une droite. Elle suit trois phases :

  1. Démarrage lent : cadrage, recrutement, prise en main. Peu de tâches se terminent.
  2. Phase de production : l'équipe est opérationnelle, beaucoup de tâches se terminent en parallèle. La courbe monte vite.
  3. Clôture lente : recette, corrections, documentation, passation. Les dernières tâches traînent et la courbe s'aplatit.

Cette forme est une aide à la lecture : si la courbe prévue de votre projet est une ligne droite, c'est souvent le signe d'un plan qui n'a pas tenu compte de la montée en charge ni de la phase de recette.

Que mesurer sur l'axe vertical ?

Avant de tracer, il faut choisir ce que l'on appelle « avancement ». Trois approches courantes :

MesurePrincipeAvantageLimite
Nombre de tâchesPart des tâches terminées sur le totalTrès simple, aucune donnée supplémentaireUne petite tâche pèse autant qu'une grosse
Charge (jours-homme)Part de la charge estimée consommée ou terminéeReflète mieux le travail réelDemande des estimations fiables
Coût (valeur acquise)Budget « gagné » par le travail accompli, comparé au budget planifiéRelie l'avancement et l'argentSuppose un budget par lot de travaux

Il n'y a pas de bon choix universel : pour un petit projet ou un suivi hebdomadaire rapide, le nombre de tâches suffit ; plus le projet est gros et hétérogène, plus il faut pondérer par la charge ou le coût.

Construire la courbe pas à pas

  1. Listez les tâches avec, pour chacune, une date de fin prévue (et idéalement une charge).
  2. Découpez le temps en points réguliers : chaque semaine ou chaque mois, selon la durée du projet.
  3. Courbe prévue : pour chaque point, calculez la part (en tâches, charge ou coût) censée être terminée à cette date, en cumulé.
  4. Courbe réelle : à chaque point passé, calculez la part réellement terminée. Ne tracez rien après la date du jour.
  5. Gardez la référence stable : si le plan change, conservez l'ancienne courbe prévue pour mesurer l'écart par rapport à l'engagement initial.

Exemple chiffré

Un projet de 5 mois comporte 10 tâches de poids équivalent. Le plan prévoit leur fin ainsi :

Fin de…JanvierFévrierMarsAvrilMai
Tâches terminées prévues (cumul)136910
Avancement prévu10 %30 %60 %90 %100 %
Tâches terminées réelles (cumul)124——
Avancement réel10 %20 %40 %——

La courbe prévue prend bien la forme d'un S (10, 30, 60, 90, 100). À fin mars, le réel est à 40 % pour 60 % prévus : 20 points de retard, et l'écart s'est creusé chaque mois depuis février.

Lire la courbe : prévu, réel, écart

Règle utile : la pente compte autant que l'écart. Un écart de 5 points qui se creuse vite est plus inquiétant qu'un écart de 15 points stable.

Courbe en S et valeur acquise (SPI, CPI)

La gestion de la valeur acquise (EVM) formalise la courbe en S avec trois grandeurs :

On en tire deux indices : SPI = EV ÷ PV (performance sur les délais) et CPI = EV ÷ AC (performance sur les coûts). Un indice supérieur à 1 est bon, inférieur à 1 est préoccupant. Dans l'exemple ci-dessus, avec PV = 60 % et EV = 40 %, le SPI vaut 40 ÷ 60 ≈ 0,67 : le projet avance aux deux tiers du rythme prévu.

Les pièges à éviter

  1. Compter des pourcentages déclarés. Une tâche « à 90 % » depuis trois semaines fausse la courbe. Privilégiez le binaire : terminée ou non.
  2. Changer la référence en cours de route. Si vous replanifiez et effacez l'ancienne courbe prévue, vous ne mesurez plus que l'écart par rapport au dernier plan.
  3. Mélanger tâches de natures différentes sans pondération : terminer dix petites tâches n'équivaut pas à terminer le lot critique.
  4. Lire la courbe sans le contexte. Une courbe en retard dit où l'on en est, pas pourquoi. Rapprochez-la des risques et des problèmes ouverts.
  5. Ne pas la mettre à jour. Une courbe figée à la semaine dernière est pire qu'aucune courbe.

Excel ou outil dédié ?

Dans un tableur, vous pouvez construire la courbe avec une colonne par date et la fonction NB.SI (nombre de tâches dont la fin est antérieure à la date), puis un graphique en courbes. Cela fonctionne, mais il faut refaire les formules à chaque ajout de tâche et tenir deux séries à jour.

Jalonis génère la courbe automatiquement à partir des tâches et des dates du projet. Concrètement :

À savoir : Jalonis mesure l'avancement au nombre de tâches, sans pondération par la charge ou le coût, il faut que le projet ait des dates de début et de fin, et la courbe réelle ne retrace pas le moment exact où chaque tâche a été clôturée. C'est adapté à un suivi hebdomadaire simple ; pour une analyse de valeur acquise complète, il faudra compléter. La courbe en S est disponible pendant l'essai de 30 jours et avec l'abonnement.

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Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une courbe en S et un diagramme de Gantt ?

Le Gantt montre le planning tâche par tâche. La courbe en S résume l'ensemble en une seule ligne d'avancement cumulé. Le premier sert à planifier, la seconde à rendre compte.

Combien de points faut-il sur la courbe ?

Un point par semaine suffit pour un projet de quelques mois ; un point par mois pour un projet long. Au-delà de 20 à 25 points, le graphique n'apporte plus d'information.

La courbe en S est-elle la même chose qu'un burn-up ?

Elles se ressemblent : toutes deux cumulent le travail accompli. Le burn-up, courant en agile, compare le travail terminé à un périmètre qui peut évoluer ; la courbe en S compare à un plan de référence figé.

Peut-on la tracer sans budget ?

Oui. Mesurer l'avancement au nombre de tâches ou à la charge ne nécessite aucun budget ; seule la valeur acquise (SPI, CPI) suppose un coût par lot de travaux.